Lemmings
My name is Psygnosis
En 1991 une petite société d’édition anglaise publie sur Amiga un petit jeu au concept simple mais ravageur qui va prendre le monde vidéoludique par surprise. En moins de deux ans, ce jeu sera adapté sur absolument toutes les plateformes du marché, de la Gameboy monochrome au Mac, en passant par la Gamegear, le CDI et la 3DO, et va amuser toute une génération de joueurs qui en garderont un souvenir ébloui. Quelques années et une dizaine de suite plus ou moins réussies plus tard, le studio sera racheté par Sony et son nom finalement abandonné. 15 ans après la nouvelle génération de joueurs est là, et un directeur artistique plus vieux – ou plus malin – que les autres s’est souvenu qu’un truc qui traînait au fond d’un carton pouvait peut-être rencontrer à nouveau le succès, une fois proprement « remixé ».
Petits avec des cheveux verts
Dans la vraie vie, les lemmings sont de gros rongeurs qui étonnent les scientifiques animaliers puisque, pour des raisons mal définies, ils ont l’habitude de partir en masse pour une grande migration improbable à travers l’océan, qui se termine rapidement et prévisiblement par la mort par noyade de toute la troupe. Une fois numérisées, ces petites bestioles ont gagné un look qui en jette, mais ont heureusement gardé cette bêtise qui va donner tout son piment au jeu.
La meilleure façon de marcher
Si vous vous contentez d’observer, vous remarquerez vite que le jeu ne s’occupe pas de vous. Sur l’écran est représenté une sorte de paysage vu de côté en 2D. Une trappe s’ouvre dans un coin et des lemmings commencent à en sortir au rythme d’environ un par seconde. A l’autre bout du tableau: la sortie. Entre les deux, une collection torturée de pièges tous plus atroces les uns que les autres. Si vous observez encore, vous verrez vos lemmings avancer droit, tous dans la même direction, tout droit vers le trou qui s’ouvre devant eux, tomber dans le trou et mourir un peu plus bas. Une fois toute votre population de lemmings écrabouillée, vous avez bien sûr perdu et vous vous décidez alors à prendre les choses en main en les aidant un peu cette fois, car vous avez compris que si vous ne faites rien, ils tomberont à nouveau tous dans le même trou. Stupides bestioles, nous le disions. Toute l’astuce du jeu réside dans le fait que vous ne dirigez pas directement vos lemmings. Vous disposez en effet d’un certain nombre de capacités (creuser un trou, construire un pont, bloquer le chemin, …) que vous allez pouvoir assigner aux lemmings de votre choix. Un trou ? Pourquoi ne pas leur faire construire un pont par-dessus ? Un mur ? Faites les creuser à travers. Si vous prenez soin de vos lemmings, si vous les guidez dans la bonne direction et anticipez avec la bonne action avant qu’ils ne se prennent le piège dans la figure, vous verrez vos lemmings avancer vers la sortie et finalement être sauvés – du moins jusqu’au prochain tableau.
Don’t crack under pressure
La base est finalement simple : un tableau en 2D plein de pièges, une trappe d’arrivée, une trappe de sortie, un parcours à imaginer et à construire pour éviter les pièges, des capacités techniques – toujours les même, mais en nombre variable selon le niveau - et une certaine quantité de lemmings qui arrivent à un rythme soutenu et foncent droit devant eux, et qu’il faut pourtant amener sains et sauf à la sortie.
Vous mélangez le tout, secouez bien, et vous obtenez 120 niveaux tous plus vastes et pervers les uns que les autres, ou les conditions changent à chaque fois : le nombre de lemmings qui arrivent, le nombre minimum de lemmings à sauver, le nombre et le type de capacités disponibles, parmi lesquelles vous pourrez les faire : grimper le long d’un mur, tomber en parachute, exploser, bloquer le passage, construire un point ou creuser horizontalement, verticalement ou bien en diagonale.
Ca grouille !
Si vous imaginez qu’il suffit de prendre son temps, de réfléchir tranquillement au meilleur et au plus sûr parcours possible, et de s’occuper individuellement de chaque lemming pour le chouchouter pendant tout son parcours, vous oubliez la cruauté des développeurs. Les lemmings arrivent régulièrement sans s’occuper de vous et, rapidement, vous avez à manager des dizaines de lemmings qui bougent partout, en essayant de ne pas paniquer parce que vous devez simultanément donner des parachutes à ceux qui tombent d’un côté de l’écran, superviser la construction d’un pont de l’autre côté, et creuser des galeries un peu plus loin.
Bigre de bigre
Ne la cachons pas, c’est difficile. Pas à cause du jeu lui-même, il est visible que les niveaux ont été amoureusement conçus pour se dévoiler avec l’expérience – il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour arriver à trouver la combinaison gagnante, même s’il y a souvent plusieurs chemins possibles – et la difficulté est suffisamment progressive pour que tout le monde puisse finir le jeu, tout en trouvant un défi corsé à relever. Mais autant la maniabilité est intuitive et l’interface transparente avec seulement la souris du jeu original, autant les multiples touches, boutons, gâchettes et manette nécessaires pour effectuer toutes les actions sur la PSP viennent handicaper le joueur. Il est fréquent de perdre parce qu’on n’a pas eu le temps de changer de capacité tout en se déplaçant d’un bout à l’autre de l’écran pour surveiller l’avancée d’un groupe avant de revenir au point de départ pour lancer une nouvelle action et tout ça dans un temps limité. On y arrive, certes, mais la frustration n’est pas loin simplement parce que c’est mal fichu.
Retour vers le futur
Pourquoi donc acheter ce jeu sur PSP, plutôt que sur un vieil Amiga d’occasion ? Une fois encore l’écran de la console nous en mets plein la vue. Les lemmings sont mignons et dessinés au pixel près, les niveaux en bitmap des anciennes versions ont été remplacés par des décors en 3D pré-calculée, un zoom variable a même été ajouté pour passer rapidement d’un vision d’ensemble du niveau au détail d’un lemming particulier. Les tableaux étant souvent vastes et étalés sur plusieurs écrans, un scrolling de bonne qualité permet de visiter assez rapidement les différentes parties du monde courant. Les musiques sont typiquement arcade – entraînantes pendant le jeu et oubliables ensuite – et les bruitages remplissent syndicalement leur rôle. Plus intéressant, la version PSP vient avec quelques dizaines de niveaux bonus inédits, supporte des packs téléchargeables que l’on espère aussi nombreux et riches que ceux de Wipeout, et pour les acharnés qui arriveraient au bout de tout ça, un éditeur de niveau (semblable là encore à celui offert à l’époque sur Amiga) est disponible, permettant de créer de nouveaux défis en assemblant dans de nouvelles configuration les pièces prédéfinies offertes. S’il est possible d’échanger ces niveaux personnels en mode ad-hoc, il ne semble pas pour l’instant que Sony proposera un service de téléchargement en ligne. Dommage. Il faut aussi malheureusement regretter que les niveaux multi-joueurs qui étaient apparus dans certaines versions n’aient pas été portés ici. Vous jouerez tout seul.
Source: www.play-attitude.com
La précision au pixel près des dessins et une animation amoureusement travaillée font apparaître sur l’écran un petit monde qui vit, bouge et grouille de manière très convaincante. Le scrolling fait défiler les tableaux de manière honorable, et un zoom permettra même aux plus presbytes d’en profiter. Une fois la bonne surprise passée, il restera malgré tout un goût amer dans la bouche de ceux qui ont connu le jeu à sa sortie, car ils ne manqueront pas de réaliser que c’était déjà pareil il y a presque quinze ans sur amiga.
Pas de tergiversation : Lemmings est un jeu conçu à l’origine pour être joué à la souris. Elle seule permet d’agir à la vitesse requise quand, dans la même seconde, il faut placer 3 lemmings différents à trois endroits distincts de l’écran. Quand il faut passer par un joystick pour bouger le curseur, des boutons pour faire défiler l’écran, des touches pour choisir la fonction de la bestiole, sans oublier de régler le zoom, l’interface vient clairement énerver et on perd et on râle parce que c’est tout simplement mal fichu. Les mauvaises langues ajouteront qu’un stylet et un écran tactile aurait été le meilleur hommage à faire au jeu à l’occasion de son dépoussiérage.
Nous sommes de plain-pied dans le monde de l’arcade, et il faudra se contenter de mélodies simples, bien qu’entraînantes, de bruitages rigolos. Rien d’inoubliable, rien que l’on sifflera sous sa douche le matin, mais tout colle en revanche parfaitement au concept, et la musique contribue agréablement à entraîner le joueur dans la course aux niveaux.
Lemmings ne vous laissera pas tomber. 120 niveaux originaux, 36 niveaux inédits, des packs téléchargeables, un éditeur de niveau, ouf. Il n’y a sans doute pas beaucoup d’intérêt à revenir à nouveau sur les niveaux déjà passés, mais vous en aurez pour votre argent. Il y a juste à regretter l’absence d’une place publique en ligne ou chacun pourrait offrir ses niveaux en téléchargement libre.
Ce n’est pas un hasard si Lemmings a été de multiples fois récompensés pour ses qualités vidéoludiques. Le concept est original, le défi est prenant, la difficulté soigneusement dosée et éminemment progressive. Pas besoin d’être un pro du pad, le jeu est ouvert à tous. Armé d’un plein d’astuce, d’une bonne réserve de « zen attitude » pour résister au stress, voici un jeu sont vous pourrez voir la fin, et que vous serez à juste titre fier d’avoir vaincu.
















