Call of Juarez
Le traqueur et le traqué
La première qualité de Call of Juarez se trouve dans son approche scénaristique, si sur le fond c’est une banale histoire de cavale/chasse à l’homme avec des relents de trésor légendaire enfouit, sur la forme on incarne à la fois le traqué et le traqueur. A commencer par Billy la Bougie, jeune et modeste métisse mexicain qui n’a jamais connu son père et qui rentre dans sa ville après 2 ans d’exile infructueux. Il se retrouve en plein face à face avec le cadavre de sa mère et de son beau père fraîchement assassinés lorsque que le révérend Ray (frère du beau père en question) débarque. Billy ayant pour triste habitude de se faire rosser de partout quoiqu’il puisse dire, il préfère décamper sur le champ. S’engage alors une poursuite à travers la région entre Billy accusé à tort du double meurtre et le révérend Ray qui se prend pour la main droite de Dieu et ce même si son passé est plus que trouble…
Pas mal de grands classiques du western sont inévitablement et bien heureusement (parce que trippant) repris au cours de cette cavalcade que ça soit l’attaque d’un train, le combat contre des indiens rebelles ou la poursuite à cheval. C’est sans aucun doute tout ce qui fait le charme de ce jeu : son univers. Avec un monde aussi dépaysant -dans un jeu vidéo- que celui-là il suffit d’offrir un titre pas trop mauvais pour réussir à accrocher le joueur et Call of Juarez nous immerge plutôt pas mal. L’excellent doublage français y contribue fortement, assuré par une partie de l’équipe en charge de celui de la très bonne série-western cru Deadwood, on ne peut qu’être convaincu par la crédibilité du ton des acteurs malgré quelques bugs de son qui viennent parfois gâcher la fête (comme une voix qui parait éloignée alors qu’elle ne l’est pas par exemple). On remarquera même que la voix de Billy est celle de Tobey Maguire dans Spider-Man, la grosse classe je vous dit. On en appréciera d’autant plus des dialogues sans édulcorant, avec insultes et anecdotes gratinées. L’orientation du titre est résolument adulte même si ce n’est pas pour autant d’une violence extrême, jamais très gore, on ne peut même pas tuer d’innocents (ni même tirer sur un cadavre, bordel). Adulte oui mais se refusant de laisser le choix du sens moral au joueur, soit. C’est peut-être un brin dirigiste lorsqu’on est habitué à la certaine liberté d’action des jeux du moment, mais pas foncièrement plus gênant que ça.
Le bourrin et le discret
Découpée en épisode, l’histoire nous fait donc jongler entre le maniement de Billy et celui de Ray, plus ou moins à tour de rôle. Deux buts différents, deux façons de jouer différentes. Ainsi notre jeune fuyard est plus du côté souplesse et infiltration, avec la vue à la première personne ça fait idéalement penser à Thief mais on en est malheureusement assez loin. Si se planquer dans un buisson est tout à fait sympa à faire même si au final extrêmement basique, c’est toutes les phases d’escalades (il y en a un certain nombres) qui s’avèrent chiantes à souhait. Disposant d’un fouet à la Indiana Jones, Billy peut s’en servir pour s’accrocher à une branche et se balancer histoire de passer une crevasse ou un ravin sans encombre. Sauf que si on vise à un endroit de la branche où les développeurs ne l’ont pas décidé on peut toujours claquer du fouet sur sa putain de branche ça ne marchera pas, alors que c’est possible 0,5 millimètre à côté... C’est super frustrant, l’élément de gameplay qui vient briser notre trip en quelques sortes. Déjà que les sauts à la con façon jeu de plates-formes ne sont pas loin d’être pénibles… On en vient à surtout espérer des phases d’infiltrations lorsqu’on dirige Billy. A noter un petit passage légèrement aventure vraiment bienvenu où l’on se retrouve dans une grotte qui rappellera de nouveau quelques souvenirs aux fans de ce bon vieux Indiana.
Pour ce qui est du révérend Ray c’est un gameplay tout ce qu’il y a de plus FPS, avec son look buriné façon Saint des tueurs dans The Preacher et sa plaque de métal sur le torse histoire de mieux encaisser les bastos, on ne peut que foncer tête baissée flingues en avant. A l’instar de l’invincible pistolero de la bande dessinée écrite par Garth Ennis, Ray n’est pas loin de ne jamais crever non plus. Surtout que la reprise de vie en ramassant des bouteilles de Whisky de la version PC a été remplacée ici par le fameux système de « reprise de vie pour gland »© où il suffit de se cacher quelques secondes en cas de douleur pour de nouveau péter la forme… Une facilité parfois d’autant plus aberrante que l’I.A. des PNJ ne va jamais au-delà du pigeon interactif… Pour autant pas mal de bonnes petites idées amusantes ont été intégrées comme les pétoires qui peuvent exploser à force d’être utilisées, une gestion du feu réaliste qui permet de jouer avec les lampes à pétrole, ou cette possibilité de marquer un temps d’arrêt chez nos ennemis en s’emparant de sa bible main droite pour leurs réciter des versets tout en leurs tirant dessus main gauche, fun. Tirer des deux mains est bien entendu de la partie, de même que passer dans un espèce de mode Bullet Time où le temps se ralentit brièvement histoire de nous permettre de viser en toute tranquillité pour nous sortir d’une situation délicate (presque jamais en fait, vu la facilité). Les fameux duels si chers aux westerns sont également présents mais ils ne sont pas franchement palpitants, ça consiste en fait à dégainer puis rétablir le réticule de visée, devenu fou, et tirer. J’aurais largement préféré une manip’ qui aurait réellement prit en compte notre rapidité à dégainer, comme en vrai en fait...
Globalement l’aventure est bien rythmée et variée, on note juste quelques passages dispensables (qui ont peut-être pour but de rallonger un peu la durée de vie déjà hyper courte du titre (une dizaine d’heures pour le solo en comptant les missions bonus)). Une fois de plus je ne peux m’empêcher de dire que l’univers, l’ambiance du jeu fait la différence au point de nous faire oublier ces quelques défauts au final facilement surmontables.
Tout est dans le détail
Visuellement la sensation d’être en plein grand ouest poussiéreux et cradasse est palpable, c’est plutôt bien réalisé avec des décors immenses disposant d’une bien belle distance d’affichage. Le level design donne parfois une bonne sensation de liberté, parfois l’impression de se promener dans une succession de couloirs. Un mélange assez bizarre mais qui passe puisqu’on reste rarement au même endroit étant en cavale avec Billy et en chasse à l’homme avec Ray (bon c’est vrai qu’on se refait quand même 2, 3 fois le même épisode dans un sens avec Billy puis dans l’autre avec Ray…). Des sauvegardes automatiques interviennent presque trop souvent, elles semblent même avoir été ajoutées à l’arrache puisqu’il arrive qu'elles coupent des petites phrases de PNJ en plein milieu… Quant à eux les temps de chargement accusent un peu le coup de par leur longueur même si au moins ils interviennent au bon moment (comprendre « pas en plein milieu d’un dialogue… »).
On appréciera par contre l’animation des PNJ et même celle des chevaux, de même il est agréable de voir les jambes de notre personnage lorsqu’on baisse la tête (une chose paraissant si anecdotique et pourtant si appréciable dans un FPS). Par contre les animations de ces dernières sont franchement ridicules, mettez vous à courir et jetez un coup d’œil à vos pieds pour rigoler un peu… Autre petit détail ayant son importance, on peut faire voler les chapeaux des mecs en tirant dessus, fun. Mais Techland ne peut visiblement pas penser à tout en même temps puisque les dégâts ne sont pas localisés, une tare incompréhensible commune à la quasi-totalité des FPS existant, quand est-ce qu’ils vont comprendre qu’on ne peut tuer personne en lui tirant 3 fois dans le bras ? Et puis tiens tant qu’on y est, si on voit bien les gambettes de notre personnage, on ne voit pas ses mains lorsqu’il ouvre une porte ou soulève un objet… Enfin je ne peux faire autrement que de souligner un bug d’achievements sur certaines versions du jeu, vous accomplissez bien l’objectif demandé et il ne se débloque pas… Pour moi c’était l’achievement de l’épisode 2, pour certains ça a été celui de la fin de l’histoire… Bon ça n’empêche pas la progression du jeu mais ça s’avère extrêmement frustrant, surtout lorsqu’en bon acharné qui se respecte vous recommencez le truc une bonne vingtaine de fois histoire d’être sûr que c’est bien un bug…
Reste un multijoueur en ligne classique mais efficace avec par exemple des variantes de deathmatch, de team deathmatch, de capture the flag (avec de l’or à la place du drapeau) ou encore un mode Hold Up qui est une variante du principe attaque/défense où certains doivent s’emparer d’un paquet d’or protéger par d’autres. On s’amusera de constater en plus un mode qui nous met dans un contexte ayant réellement existé comme le règlement de compte à O.K Corral ou la fameuse attaque de banque de Jesse James. Une belle façon de nous immerger dans une partie même si au final ça ne change strictement rien dans notre façon de jouer.
Source: www.xbox-attitude.com
Graphiquement à la hauteur avec ses décors immenses et disposant de belles animations, on regrettera les temps de chargement légèrement longuets ainsi qu'une I.A déplorable.
Les phases d'escalade avec Billy sont plus ratées qu'autre chose, on préférera les phases d'infiltration malgré leur aspect très basique ou les épisodes avec Ray, purement FPS, qui regorgent de petites idées de gameplay sympatoches.
Même s'il y a parfois des bugs de son, même si le nombre de phrases enregistrées des PNJ n'est pas très élevé, même si les bruitages sont plus absents qu'autre chose, je ne peux que me lever et applaudir un doublage aussi magistral réalisé avec entrain par des professionnels (j'vous jure, j'suis debout en train d'applaudir là, je tape sur le clavier avec mes genoux). La grosse classe. Les musiques sont également pile dans le ton.
Une dizaine d'heures (en comptant les missions bonus) suffisent à venir à bout de la campagne solo. C'est court, c'est certain, mais le mode multijoueur en ligne vient rallonger un peu la sauce même si tout à fait classique au final (bien qu'efficace).
L'intérêt réside surtout dans l'univers, vous l'avez compris j'y accroche à mort. En ne jugeant que cet aspect Call of Juarez est juste indispensable. Mais soyons objectif, en tant que FPS pur et au delà de cet univers si marqué, c'est un jeu relativement classique disposant de quelques petites idées sympa.








