Splinter Cell Double Agent
Près d’un an après la sortie de la 360, la saga Splinter Cell fait enfin son entrée dans l’ère Next Gen avec cet épisode Double Agent qui, sur le papier, s’annonce comme le renouveau de la série. Après un GRAW absolument fabuleux et en attendant un Rainbow Six ultra attendu, Ubisoft compte bien imposer les nouvelles aventures de Sam Fisher comme la référence infiltration et réaliser la passe de trois avec ses licences phares.
Un homme brisé
Alors que vous partiez confiant et en pleine force de l’âge pour effectuer une mission de routine en Islande (désamorcer un silo nucléaire… une partie de rigolade), une suite d’événements vont peu à peu vous faire sombrer dans le cauchemar ; à commencer par la mort de votre équipier, puis l’annonce du décès de votre fille, renversée par un chauffard. De ce fait, vous êtes un homme brisé, vous n’avez plus rien à perdre et vous allez donc accepter la mission la plus dangereuse de votre vie : Infiltrer un réseau terroriste !
Passé cette mission de routine en Islande, qui nous permet à nous, joueurs, de nous rappeler aux bons souvenirs de Sam Fisher et de récupérer nos automatismes passés (ou d’assimiler les commandes pour les néophytes), nous voici donc jeté comme un malpropre dans l’une des prisons de haute sécurité les plus dangereuses des Etats-Unis sous la couverture d’un ancien marine qui aurait pété un plomb. Vous êtes alors contacté par un certain Jamie, membre d’une organisation terroriste baptisée J.B.A., qui vous propose alors de l’aider à planifier une évasion. Dès lors, et ce jusqu’à la fin du jeu, vous allez devoir composer avec les objectifs fixés par le JBA et ceux fixés par la NSA… sachant que d’un coté vous allez devoir faire attention à ne pas faire sauter votre couverture et que de l’autre vous ne devez pas laissé penser à la NSA que vous êtes passé de l’autre coté de la justice.
Excellente idée en soi, d’autant plus que certains de ces objectifs étant radicalement opposés, il vous sera impossible de les remplir tous dans un même niveau (nous offrant alors une rejouabilité plus qu’intéressante, d’autant plus que de nombreuses voies possibles pour atteindre vos objectifs vous seront proposées), il est cependant assez déplorable de voir que ces jauges ne diminueront pas énormément et qu’il faudrait vraiment être une quiche pour arriver à perdre la confiance de l’un ou de l’autre. C’est vraiment dommage, d’autant plus que pour avoir joué à la version preview où ces jauges étaient plus radicales, le système aurait pu offrir une difficulté supplémentaire non négligeable, augmentant le stress lors de nos prises de décision. Sans doute Ubi a-t-il préféré céder à l’appel du grand public, quitte à déplaire aux vrais gamers comme ce fut déjà le cas avec un GRAW excellent mais très (trop ?) orienté grand public, perdant au passage une partie de son âme passée.
Dans un même ordre d’idée, le fait de commencer l’aventure sur ces événements tragiques et de donner une histoire plus profonde, plus émotionnelle, plus humaine à un Sam Fisher tant décrié par le passé pour son coté lisse et sans aspérité, est également une avancée importante dans la série. Malheureusement là encore on est un peu frustré de voir que ce Sam brisé que l’on retrouve en prison, ne soit pas plus écorché vif dans la suite de l’aventure. D’ailleurs d’un point de vue général, ses relations avec les différents personnages principaux qu’il croisera lors de la campagne solo, seront trop latentes. En gros, on sent qu’il y a des relations qui se créent entre les différents personnages (tendues et rivales avec Moos, amicales avec Jamie, Sentimentales avec Enrika) mais jamais les développeurs ne vont concrétiser ces relations et offrir ainsi une profondeur émotionnelle forte au jeu.
On espérait mieux
Graphiquement, Splinter Cell est assez impressionnant, notamment dans son level design, mais semble légèrement en dessous d’un Ghost Recon Advanced Warfighter ou d’un Rainbow Six : Vegas niveau texturage. Clairement le moteur Unreal Engine 2.5 fait tâche quand on voit les résultats obtenus par la version 3, d’autant plus que de nombreux bugs de collision ou d’affichage viennent un peu pourrir le tableau. Quelques effets plastiques des premiers jours apportent même la nostalgie de Perfect Dark Zero.
Malgré tout, je ne me risquerai pas à dire que Splinter Cell : Double Agent est moche. C’est loin, très loin d’être le cas et je pense que vous monteriez un collectif pour me faire assassiner si j’osais le prétendre. Certains niveaux comme Shangaï et sa tour gigantesque ou Kinshasa sous un soleil de plomb sont même littéralement à tomber par terre. N’empêche qu’on reste tout de même sur sa faim et qu’on aurait espéré d’avantage aujourd’hui (et oui, on devient exigeant).
Du coté des animations, même constat : Notre Sam Fisher, chouchou des joueurs Xbox depuis ses débuts, commence à perdre son coté félin pour n’en garder que le coté pataud. Encore une fois, ce n’est pas rebutant en soi, bien au contraire, les animations sont tout à fait correctes ; mais pour un quatrième épisode, et le premier sur Next Gen, on aurait pu espérer plus. Il manque surtout, à mon sens, un peu plus de fluidité entre deux positions/actions. A savoir que lorsque vous effectuez une action telle que s’agripper à un poteau pour monter à l’étage par exemple, l’animation de l’ascension est parfaitement rendue, mais celle des transitions avant et après cette ascension l’est beaucoup moins.
Bref, malgré une fiche technique plus que satisfaisante, on sort quelque peu déçu de ce nouvel opus moins Next Gen que les kadors du genre prévu pour la même époque, d’autant plus que sur Current Generation, la série des Splinter Cell nous avait habitué à tenir le haut du pavé et à distribuer des baffes à la concurrence.
Reste l’ambiance sonore qui, elle, ne nous déçoit pas. Le jeu des acteurs fait partie de ce qui se fait de mieux dans le genre, avec des répliques toujours parfaitement dans le ton et correspondant parfaitement à la psychologie des différents protagonistes, les musiques sont toujours aussi réussies, lente et discrète en phase d’infiltration, elles savent se rythmer pour accompagner vos gunfights lorsque les choses tournent mal. Quant aux bruitages, on n’y fait guère attention, signe qu’ils savent très bien coller à l’aventure.
A la lumière du jour
Venons-en maintenant à l’essentiel, l’essence même de tout jeu vidéo : Le Gameplay !
Que les habitués de la série se rassure : Splinter Cell Double Agent est bel et bien un jeu d’infiltration, il n’y a aucun doute là-dessus. Alors même si effectivement il vous sera possible lors de certaines scènes de bourriner à coups de fusil d’assaut, la plupart du temps ce genre de tactique minimaliste vous enverra brouter les pissenlits par la racine en moins de temps qu’il n’en faut pour… pour… euh… pour faire un truc qui ne prend pas beaucoup de temps. Il est à noter d’ailleurs, que si toute liberté (ou presque) vous est donnée pour atteindre vos objectifs, finir le jeu avec une fiche statistique à 100% passera par contre obligatoirement par l’achèvement de l’intégralité des missions sans faire la moindre victime, sans même assommer un gredin de garde vous bloquant le passage au détour d’un couloir. Si ça ce n’est pas la preuve avec un grand P que nous sommes en présence d’un jeu d’infiltration, alors je ne vois pas ce qu’il vous faut !
Bref, si vous êtes un habitué, non seulement vous ne serez pas déçu, mais en plus vous ne serez pas dépaysé car, fonctionnalités dues aux boutons de tranche du pad 360 mis à part, les commandes restent les mêmes que lors des précédents volets et on retrouve très vite ses automatismes oubliés depuis la fin de Chaos Theory.
Cependant, notre ami Fisher profite de l’occasion de passer sur Next Gen pour nous gratifier de quelques nouveaux mouvements pas désagréables, comme briser la glace en étant sous l’eau pour faire tomber mercenaire se tenant au dessus et l’étriper d’un coup de couteau bien placé ou bien encore envoyer une manchette in his fucking face au garde qui s’approche avant de lui râper les nasaux contre la paroi pour le faire parler.
De nouveaux mouvements donc, mais j’ai bien également l’impression qu’on n’en ai perdu au passage : En l’occurrence, je n’ai jamais pu trouver le moyen de placer le grand écart mural pour me placer au-dessus de mes ennemis dans un couloir. Parait-il que la figure serait pourtant expliquée dans la notice (j’en sais rien, nous sommes privés de notices nous, les rédacteurs), reste à trouver s’il y a réellement la possibilité de le sortir.
Mais la grande nouveauté dans le gameplay de ce Double Agent, ou plutôt l’une des grandes nouveautés, la première étant les jauges de confiance sur lesquelles je me suis étendu dans le premier paragraphe, c’est l’arrivée de mission d’infiltration en plein jour. Et là, autant dire que ça change tout !
Fini le bon temps où on se planquait dans un coin sombre d’un couloir, invisible à l’œil du soldat qui passe en vous frôlant (j’ai essayé de mater les filles au boulot en agissant de la sorte, ça ne marche pas… même habillé en noir dans le couloir le plus sombre du bâtiment, j’ai de suite été repéré, la sécurité est arrivée, ils m’ont jeté dehors et j’ai été licencié… merci Splinter Cell !). Désormais donc, il va falloir compter avec des missions d’infiltration en plein jour, voire même en plein cagnard pour ce qui est de celle de Kinshasa.
Egalement au programme, le grand moment de l’évasion de la prison où, pour la première fois, vous aurez à agir sans l’aide de votre fameuse paire de lunettes et de ses multiples visions bien pratiques pour repérer les ennemis dans l’obscurité.
Parmi les défauts notables de ce nouveau volet, on pourra citer pêle-mêle une I.A. bien perfectible, une map absolument incompréhensible ne vous aidant en rien à vous repérer dans les niveaux gigantesques qui constituent cette nouvelle aventure ou ce fameux manque d’incidence des jauges de confiance.
Alors même si Splinter Cell : Double Agent ne constitue pas en soi LE jeu ultime, s’il nous laisse un léger goût d’amertume dû aux promesses pas toujours tenues de son scénario, il n’en reste pas moins un excellent titre, la référence en matière d’infiltration, qui a le mérite d’être un véritable tournant dans la série et de poser les bases d’un futur Splinter Cell 5 qui s’annonce d’ores et déjà incontournable.
Graphiquement l’Unreal Engine 2.5 montre ses limites sur Xbox 360 avec ce quatrième épisode de Splinter Cell. Loin d’être moche, bien au contraire, le titre phare d’Ubisoft affiche tout de même ses lacunes sur certaines textures un peu en deçà et de nombreux, très nombreux bugs d’affichage et de collision. Coté animation, même si les développeurs s’en sortent plutôt pas mal comme ça, une petite séance de Motion Capture ne serait pas du luxe pour affiner l’ensemble. Les effets de lumières quant à eux, sont, comme d’habitude, impressionnants.
Alors qu’aux vues des différents trailers, nous avions tous plus ou moins pris peur concernant l’orientation de la série vers un genre plus action, nous voici rassurés avec ce Double Agent plus infiltration que jamais puisque pour remplir une fiche de stat’ à 100%, il faudra finir le niveau sans avoir tué ni assommé qui que ce soit. Les choix tant promis par les développeurs sont peu nombreux au final mais ont une véritable importance dans le déroulement de la partie (et même sur la fin d’ailleurs) et les nombreux objectifs fixés par la NSA et le JBA offrent une certaine rejouabilité que n’avaient pas les épisodes précédents. Le panel des mouvements du chat Fisher reste toujours aussi complet, même si je n’ai pas trouvé quand et comment placer le grand écart mural et au chapitre des défauts récurrents qu’on aimerait voir disparaître sur Next Gen : L’I.A. est parfois à la limite du misérable.
Le choix des acteurs est toujours aussi judicieux, les voix des différents protagonistes étant pour le coup, parfaitement dans le ton. Les musiques sont entraînantes et varient en fonction de l’action et les bruitages très bien rendus.
C’est malheureusement un syndrome très répandu de nos jours, les jeux vidéos se terminent désormais tous (ou presque) en moins de dix heures. Ce Double Agent ne déroge pas à la règle et vous devriez en venir à bout en un peu plus de sept heures. Ceci dit son potentiel rejouabilité et les modes Xbox Live, devraient permettre d’y passer beaucoup, beaucoup plus de temps.
Le scénario de ce Double Agent est bien plus étoffé qu’à l’accoutumée et le personnage de Sam Fisher apparaît un peu plus humain. C’est une bonne chose tant ce dernier nous paraissait lisse dans les premiers volets. On regrettera cependant que le décès de sa fille de l’affecte pas plus que ça et que les relations latente qu’il tisse avec les différents PNJ ne soit pas plus explicites et développées.








