Rugby 2005
Ce n’est pas la première tentative de EA Sports dans le genre. En 2001, l’éditeur canadien avait adapté sur PS2, Rugby 2001, un jeu qui pose les bases sans vraiment convaincre. L’année dernière, EA Sports avait profité de la Coupe du Monde pour sortir une version assez décevante appelé Rugby 2004. En cette année 2005, le géant canadien décide enfin d’annualiser le Rugby au même titre que le foot ou le basket. Et cette fois-ci, Rugby bénéficie d’un budget conséquent pour livrer aux fans, la meilleure simulation d’ovalie toutes consoles confondues.
Le sport de voyou joué par des Gentlemen
Vous n’avez jamais touché le cuir ovale ? Vous ne maîtrisez pas toutes les subtilités du Rugby ? EA Sports a pensé à vous. Avant de commencer une compétition ou un match amical, il va falloir passer par un tutorial qui pose les bases du gameplay. Très bien conçu, le didacticiel est dirigé par Monsieur Philippe Sella, commentateur sur Canal et ancien international français ! Et pour ceux qui voudraient approfondir leur connaissance, EA a inclus une vidéo nommée Rugby 101. Cette dernière développe en profondeur les nombreuses règles si particulières du rugby. Les novices apprécient, les joueurs expérimentés s’impatientent.
Le gameplay de Rugby 2005 se veut complexe. La plupart des actions réclame une maîtrise des gâchettes. On sprinte avec R2, on switch rapidement avec L2, Les passes à gauche avec L1 et à droite avec R1. Le système a de quoi dérouter le fan de foot mais, en pratique, il se révèle excellent. Les 4 boutons servent aux différents coups de pied : vous pouvez botter le ballon en touche avec Croix, jouez au raz avec Triangle, faire une chandelle avec Carré et tenter un drop avec Rond. Les gestes individuels tels que la charge ou le pas latéral se font grâce à L2 combiné à Rond, Croix ou Carré. Défensivement, il est possible de faire un plaquage agressif avec Croix ou vous pouvez simplement diriger votre joueur vers l’adversaire. Phase principale du Rugby, le maul (ou regroupement) permet de récupérer le ballon lorsqu’il est au sol. Il faudra choisir sa technique parmi les quatre proposées : Classique, Pivot, Fausse croisée ou Petit côté. On soulignera également un système de mêlée efficace et un système de touche un poil trop facile. En ce qui concerne les pénalités ou les transformations, l’angle de caméra ne permet pas de viser correctement.
Une fois, les rudiments assimilés, la prise en main devient quasiment instinctive. On enchaîne les passes, on fait déborder Dominici, on tente d’exécuter un pas chassé à la Jonah Lomu, on tente un drop impossible. Bref, on prend son pied ! Si les sensations sont convaincantes, le gameplay est plombé par une intelligence artificielle mal dosée. Pour les novices, la difficulté facile est trop difficile. Tandis que pour le joueur expérimenté, aucun degré de difficulté ne semblera insurmontable. En ce qui concerne les réactions sur le terrain, elles sont parfois inexplicables. Passe du 9 dans le vide, jeu au sol approximatif, mêlée brouillonne et défense adverse immobile. On ajoutera également dans le rayon des déceptions, le placement souvent aléatoire de vos joueurs et l’inutilité des gestes techniques (même si ce dernier défaut à tendance à favoriser le jeu collectif, ce qui n’est pas mauvais en soi).
« La Cabane est tombée sur le chien…mais le chien n’est pas mort »(Salviac*)
En ce qui concerne les compétitions proposées, EA récoltent une mention Bien. Avec les sélections nationales, vous avez l’embarras du choix : Coupe du Monde, Tournoi des Six-Nations, le Tri-Nation (Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zelande), le Top 10 (qui regroupe les six nations du Nord et les quatre meilleurs du Sud) et même le Lions Tour (Sélection des meilleurs joueurs britanniques). Il est même possible de choisir l’année où se joue la compétition : par exemple, vous pouvez jouer la future Coupe du Monde 2007 ou revivre les émotions de 1999 ou de 2003. Les clubs n’ont pas été oubliés avec la possibilité de participer au Super 12 (qui regroupe les douze meilleurs clubs de l’Hémisphère Sud) ou faire une coupe d’Europe. De plus, EA a intégré une sorte de Ligue Master du Rugby avec le mode « Ligue Mondiale ». Vous commencez en Division 3 d’un Championnat Mondial fictif puis vous monterez en grade au gré de vos résultats. A l’instar d’un PES, vous pourrez même participer au marché des transferts. Une compétition suffisamment longue pour tenir le passionné en haleine.
Malheureusement, on est un peu déçu par certains oublis flagrants dans la base de donnée. Certes, toutes les sélections nationales présentes à la Coupe du Monde 2003 ont été intégrées dans le jeu avec les vrais maillots et les vrais noms des joueurs. Mais en ce qui concerne les clubs, Rugby 2005 laisse un goût d‘inachevé. On ne retrouve que six clubs français : Biarritz, Bourgoin, Castres, Perpignan, le Stade Français et Toulouse. Certes ce sont les meilleurs, certes ils dominent le TOP 16, certes ils font des excellents parcours en Coupe d’Europe (avec un finale franco-française à la clé). Mais le fan de rugby aurait voulu jouer avec la totalité des équipes du TOP 16 : Agen, Brive, Montpellier…On retrouve également un panel des meilleurs équipes européennes du moment : les London Wasps, Leicester, Leinster, Munster, Gloucester ou Northampton. Bémol de taille pour le fan : certains noms sont tronqués ou fictifs. Ainsi Benoît Baby devient Babista ou O’Driscoll se fait appeler O’Drisdale. Une base de donnée incomplète et fausse. EA Sports nous avait habitué à beaucoup mieux avec ses autres jeux de sport.
Certains modes de jeux sont repris de FIFA 2005. A l’instar du jeu de foot, on peut créer son propre joueur. Tout est paramétrable : des paupières aux capacités en passant par la coupe de cheveux et les accessoires du parfait rugbyman. Cependant, le mode création de Rugby 2005 est beaucoup plus limité que celui de FIFA 2005. On ne peut par exemple pas modifier sa carrure à sa guise ou ajouter une chose aussi simple qu’un bandeau dans les cheveux. La faute à un moteur qui doit gérer en permanence 30 joueurs sur le terrain. Transfuge de FIFA, le menu « Mon Rugby » permet de paramétrer les différentes équipes, parcourir le « Hall of Fame » ou écouter les (excellentes) chansons dans le Juke-box.
« Le cochon est dans le maïs » (toujours Salviac*)
La grosse nouveauté de Rugby 2005 réside dans son « tout nouveau » moteur graphique. Bon, tout le monde sait que c’est le moteur de FIFA recyclé mais au moins, le visuel a le mérite d’être supérieur à celui de l’opus précédent. Dans Rugby 2005, la morphologie des joueurs est enfin respectée. Ce ne sont plus des tonneaux de Guiness sur pattes mais de véritables joueurs bien proportionnés. Un Cohen n’a pas la même carrure qu’un Harinordoquy ou qu’un Serge Betsen. De plus, un travail plus conséquent a été consentit pour offrir une motion capture digne de ce nom. Un effort a également été fait au niveau des cut-scene. La mise en scène semble beaucoup plus soignée même si on est loin des retransmissions TV. Et quel plaisir de voir le Haka Néo-zélandais en début de partie.
Même si les innovations graphiques sont notables, il faut reconnaître que le visuel est encore loin des attentes des joueurs. Si les grands joueurs sont reconnaissables, la modélisation faciale n’est pas aussi poussé que dans FIFA 2005 ou NBA Live 2005. Le public en 2D est inesthétique et les spectateurs n‘arborent même pas les couleurs du club ou de la nation qu’ils sont censés supporter. Le bord du terrain est vide : les arbitres sont restés aux vestiaires et le match ne semble intéresser personne vu qu’aucun cameraman n’est présent pour immortaliser votre victoire. Enfin, on reprochera à Rugby 2005 ses nombreuses chutes de frame-rate. La faute aux 30 joueurs présents sur le terrain.
La bande son sauve les meubles. Les commentaires de Eric Bayle et Philippe Sella qui officie sur Canal Plus sont excellents. Pas d’erreur à déplorer, un discours fluide et une analyse intéressante. Mention spéciale au doux accent du Sud-Ouest qui caresse nos oreilles. Les commentaires contrastent avec le public en demi-teinte. Le fan est déçu : on ne retrouve pas les vrais chants. Il devra se contenter de spectateurs bruyants mais vivants. Enfin, la playlist plaira aux amateurs de punk-garage. On trouve des perles comme The Libertines, The Futureheads ou The Have. Les musiques collent à l’ambiance british, si chère au ballon ovale.
* Pierre Salviac commente l’ovalie sur France Télévision.
Source: www.play-attitude.com
Bénéficiant du moteur graphique de FIFA 2005, le visuel de Rugby 2005 se révèle correct au premier abord. Malheureusement, les graphismes sont loin d’être parfaits : chute de frame rate, modélisation aléatoire, stades sans charme…
Basé sur un gameplay complexe, il faudra s’adapter à l’utilisation intelligente des gâchettes, aux pénalités et aux regroupements. Tout cela rend le jeu agréable au toucher. On soulignera les problème d’IA qui plombent certains phases de jeu.
Éric Bayle et Philippe Sella font leur boulot : ils animent le match et rendent le jeu excitant. Le public donne de la voix sans convaincre totalement. La playlist garage-rock plaira aux fans des groupes so british.
Coupe du Monde, Tri-Nation, Six Nations, Top Ten, Super 12, Coupe d’Europe… Tout y est…sauf les championnats nationaux. On se consolera avec la Ligue Mondiale, sorte de Master League version ballon ovale.
Rugby 2005 fait partie des rares jeux d’ovalie disponibles sur PS2. En outre, il est le seul à avoir une approche réaliste de la discipline















