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Daxter



Oui on peut !
Certes, ça peut payer : le succès éclatant du retour de Lara Croft en haut de l’affiche depuis plusieurs semaines a conduit toute l’équipe de Eidos à improviser une méga-fête, qui continuera bien après le bout de la nuit, et qui doit agacer les voisins, pas tant à cause du bruit que parce qu’il y a de quoi être jaloux de ne pas en être. Pas plus bête que les autres, les petits gars de Ready At Dawn (comprenant notamment quelques anciens de Naughty Dog, à l’origine des aventures de Jak & Daxter) se sont donc penchés sur la recette pour l’appliquer aux ingrédients qu’ils avaient sous la main.

Jeu vidéo 101
Prenez donc des personnages connus - pour bénéficier d'une reconnaissance immédiate sur le marché - Jak & Daxter justement ; choisissez de mettre cette fois en avant le faire-valoir rigolo - les petits malins attirent d'emblée la sympathie - Daxter, donc ; trouvez un
embranchement astucieux dans la longue histoire de ses aventures – le côté people en chacun de nous a soif d'anecdotes inédites sur nos personnages préférés – que s'est-il passé entre les deux premiers titres ;  promettez un retour aux sources du plaisir du jeu original – personne ne niera que la série ne s'est pas bonifiée avec le temps – de la plateforme pure ; assurez techniquement – pas question d'offrir le flan à la critique en sortant un énième clone de jeu PS1 – en recrutant des membres expérimentés de l'équipe de développement d'origine ; secouez bien, et vous obtiendrez donc Daxter.

Ne pas prendre de risque
Si l’originalité du concept a visiblement du plomb dans l’aile, ce ne sont hélas pas les trouvailles de gameplay qui vont vous passionner pour ce titre. On reste bien sagement dans les rails ultra-codifiés du genre, avec de la plateforme mâtinée d’action comme on en fait depuis des lustres. Sauter, courir, éviter, coller des baffes, explorer, chercher, trouver, ouvrir, monter, descendre, bref… vous trouverez vos marques sans avoir besoin de lire le manuel, et c’est toujours positif. Les niveaux sont soigneusement conçus pour offrir des défis très progressifs mais rarement prises de tête. La question est rarement de savoir ou il faut aller, mais plutôt de savoir comment y arriver. Et encore. Si l’idée à la mode de débloquer des mini-jeux bonus vous laisse de marbre, vous ne gagnerez pas grand-chose à explorer vos différents environnements, qui, s’ils offrent beaucoup de variétés dans leur design, semblent malheureusement mis bouts à bouts sans souci d’offrir une cohérence au monde dans lequel vous évoluez.

Une histoire ? Pourquoi ?
Il est aussi visible que le scénario n’a pas été le principal poste de budget dans la production du jeu, et ne sert que de rapide prétexte pour vous mettre le joystick en main. Jak est donc en prison, là où nous l'avions laissé à la fin du premier épisode sur PS2, et Daxter cherche – avec plus ou moins de zèle – un moyen de le libérer. Plutôt moins que plus d'ailleurs, puisque nous le retrouvons deux ans après son arrivée, dans un bar, en train de refaire une nouvelle fois l'histoire à sa manière. Plus par désœuvrement que par réelle motivation, Daxter va accepter un emploi de désinsectisation qui va se révéler moins facile que prévu et riche d'imprévus. La tapette à mouche dont il disposera au départ sera améliorable de différentes manières un peu comme le JET de Mario dans l'épisode Sunshine. Voyons cela comme un
hommage même si les développeurs avouent plutôt une filiation avec l'aspirateur de Luigi's Mansion. Citons aussi parmi les hommages : les scènes à la Quicktime Event de Shen-Mue ou il faut appuyer sur la bonne touche au bon moment pour réussir une action particulière, et les inévitables pilotages d’engins variés mais qui n’apportent pourtant rien au genre, mais apparemment obligatoires depuis Driver ou GTA. Citons enfin rapidement les minijeux à la WarioWare que ne débloquerons que les acharnés de l’exploration systématique, et dont ils se lasseront rapidement.

On est des cadors
Les choses changent quand il s’agit de parler de la mécanique qui entraîne tout ça, et il est temps maintenant d’ôter son chapeau et de le porter bien bas. Difficile de se retenir d’applaudir l’œuvre des développeurs. Très joli, remarquablement bien animé, techniquement maîtrisé (aliasing invisible, longue distance de vue, pas de scintillement), le jeu voit Daxter se déplacer avec souplesse et fluidité dans un monde coloré et vivant. La modélisation des lieux et des personnages est détaillée, les voix sont de qualité professionnelle, les dialogues, bien écrits, font mouche dans un humour bon enfant, et de nombreuses cut-scenes de qualité relient les phases d'actions dans un scénario pas très consistant mais amusant. Mention bien pour la musique aussi, qui ne vous laissera rien en tête que vous puissiez chantonner sous la douche, mais véritablement composée et qui colle bien à l’action.

2 heures à four moyen
C’est une loi que tout mitron apprend à la dure : même avec des ingrédients bio, même avec une idée de recette, même avec l’aide de l’artisan pâtissier, parfois la gâteau rate. Oh, ce n’est pas qu’il est mauvais en soi. Il est seulement, disons, « pas mal ». Pas plus en tout cas. On peut se laisser tenter par ce « mille-feuille d’éclair aux fraises » dans la vitrine, mais en sachant que, pour une fois, le tout vaut plutôt moins que la somme des ses parties, et qu’il est peut-être plus avisé d’acheter un véritable éclair au chocolat.

Source: www.play-attitude.com

Graphics
De l’excellent travail. On peut chipoter ici ou ergoter là, mais c’est du bel ouvrage. Si l’on peut discuter les choix artistiques, la performance technique force le respect. La 3D a la pêche nécessaire pour animer avec précision un monde qui grouille de vie.
Gameplay
Une panoplie très (trop ?) large de mouvements et des modes de jeux variés ne cachent pas un système de jeu usé, et un faible panel d’actions utiles. Ça peut enthousiasmer celui qui recherche un jeu « tout-en-un » et tire une légitime fierté de sa capacité à réaliser de beaux combos, mais le joueur averti n’aura besoin que de quelques techniques de base pour tout réaliser.
Sound
Pour avoir souffert trop souvent de localisations approximatives, il faut rendre hommage ici à l’excellent travail de doublage et de traduction. Mention bien aussi pour la musique et les bruitages, clairement dans le ton du jeu.
Longevity
Quelques dizaines d’heures pour tout voir, s’il faut en croire l’éditeur. Si l’ennui ne vous plombe pas avant. Ne comptez pas sur une histoire bien peu palpitante pour continuer à avancer, mais, si le défi technique vous séduit, Daxter vous tiendra en haleine. Ajoutez quelques heures à essayer avec des potes les minijeux, avant de ranger définitivement l’UMD dans sa boîte.
Lasting appeal
Une impression en demi-teinte. Voici un jeu qui ne contient (presque) que des bonnes choses, et qui pourtant n’arrive pas à passionner. Passez votre chemin si vous cherchez un jeu dans lequel votre investissement et votre implication seront récompensés par le déroulement d’une histoire immersive, mais laissez-vous tenter si vous cherchez un produit formaté mais de qualité.
Cas d’école du produit commercial, Daxter est un jeu qui laisse un goût aigre-doux. S’il n’y a rien de spécifique à lui reprocher, il est tout aussi difficile de le trouver amusant. Fourre-tout marketing de tout ce qui est se veut « à la mode », Daxter est à consommer vite et s’oubliera pareillement.





Game details

Publisher : Sony Computer Entertainment
Developer : Ready At Dawn
Genre : Plate-forme 3D
Release date : 20 April 2006